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Communiqué de la Via Campesina sur la crise de l’agriculture en Amérique Centrale
L’agriculture paysanne en Amérique Centrale est en crise et la situation est non seulement difficile mais elle n’est plus soutenable. Cette situation est due à 3 composants essentiels : au niveau social les niveaux élevés de pauvreté et d’indigence chez les familles rurales et agricoles, convertissent l’agriculture en secteur le plus vulnérable et oublié de la société et des gouvernements ; au niveau économique, les problèmes de rentabilité et le manque de financements et d’appui dans les activités les plus importantes nient le droit fondamental à un développement humain minimum ; au niveau environnemental, la pression exercée sur les ressources naturelles a dépassé les limites et il y a des conséquences négatives sur l’utilisation des sols, la protection des ressources hydriques et des forêts tout comme la gestion des déchets de l’agro-industrie.
Les niveaux de pauvreté et d’indigence de la population rurale et agricole centroaméricaine sont alarmants et bien au-dessus des niveaux de pauvreté en milieu urbain. Ainsi, les travailleurs agricoles sans terre ont tendance à être les plus pauvres des pauvres.
La relation entre la pauvreté et la dégradation de l’environnement est étroite et complexe et elle se caractérise par des processus de causalité mutuelle qui ne permet pas toujours de déterminer concrètement la cause de l’effet. Les évidences disponibles en Amérique Latine cependant, rejettent l’explication simpliste qui accuse les pauvres ruraux d’être les principaux responsables de la dégradation de l’environnement de la région en l’associant à leurs activités économiques.
L’irrationalité de cette situation n’est pas due aux stratégies de survie mais au contexte social et économique qui les déterminent ou ce qui revient au même aux conditions structurelles et aux politiques macro-économiques et sectorielles qui génèrent de façon continue et extensive la pauvreté. On peut donc conclure par conséquent que la réduction de la dégradation environnementale a besoin comme réquisit préliminaire de trouver des solutions aux problèmes de la pauvreté rurale.
Après une décennie de programmes d’ajustements structurels et de politiques de stabilisation, nous avons une compréhension plus claire de l’impact négatif de ces politiques sur la pauvreté. La contraction de la demande comme résultat de la politique d’ajustement a affecté négativement les agriculteurs qui produisent pour les marchés domestiques. En plus, les politiques de libéralisation ont augmenté la concurrence avec les aliments importés en affectant spécialement les petits producteurs qui produisaient des aliments pour le marché intérieur. De façon partielle, cet impact négatif a été aggravé par l’élimination des contrôles de prix sur certains produits, par la dévaluation de la monnaie locale et la dollarisation qui a créé des avantages pour les grands exportateurs agricoles. Le résultat de ces nouvelles conditions de la politique macro-économique et sectorielle est que dans de nombreux pays on a observé la substitution des cultures traditionnelles de grains de base par une agriculture intensive en intrants achetés et de forte valeur commerciale qui en outre lie les paysans aux processus d’exportation. Cependant, de nombreuses études suggèrent que l’expansion des exportations traditionnelles en Amérique centrale exerce un impact favorable sur les pauvres ruraux et sur l’environnement. Dans ce sens, les politiques gouvernementales n’ont pas développé l’économie primaire interne de façon à ce qu’elle favorise la production et la demande nationale de produits autochtones ce qui aurait pour conséquence un éventuel avantage comparatif ce qui leur permettrait de concurrencer aux mêmes conditions les marchés internationaux. Aussi, la dépendance à des intrants de base ou à la substitution d’importations sont des situations qui ont laissé orpheline la faible production agricole locale. L’Etat s’est transformé en pays de consommation et de service, une situation a priori invivable mais qui continue à ce maintenir grâce aux remesas (NDT : sommes d’argent envoyées par les immigrants à leur famille restée au pays).
D’un autre côté, les politiques d’ajustement ont exacerbé la pauvreté dans la mesure où les dépenses des gouvernements dirigées aux investissements sociaux et au soutien des aliments de base et autres produits et/ou services essentiels ont été supprimées ou réduites. Certains pays de la région ont réussi à diminuer cet impact négatif grâce au focus porté sur le bien-être social et l’introduction de programmes spéciaux soulageant la pauvreté. Cependant, ni la magnitude ni l’effectivité de ces programmes n’ont été suffisant pour réduire significativement le nombre de pauvres dans la région.
Plus de la moitié de la population centroaméricaine vit dans les zones rurales et près de 80% dépend de l’agriculture. Contrairement aux autres pays latino-américains, la migration campagne-ville en Amérique centrale est moins intense jusqu’à présent car cette région est plus équilibrée quant à la répartition géographique de sa population. Mais la situation pourrait changer rapidement en apportant tous les problèmes de la migration massive et désordonnée vers les villes ce qui s’est passé dans d’autres pays.
L’agriculture présente une bonne partie de la production et des exportations de la région entre 18 et 39% selon les pays mais ces pourcentages reflètent le travail des grandes entreprises dominantes en Amérique centrale. La crise agricole est particulièrement grave car elle constitue le pilier de base de l’économie étant donné les faibles avancées de l’industrialisation et des services qui sont normalement fournis pas les entreprises étrangères. Le composant de pauvreté et d’indigence rurale et agricole n’est pas nouveau, il est là depuis des décennies et même des siècles. La crise actuelle de disponibilité et de la rareté des financements de l’agriculture est là pour rappeler ce problème historique. Mais maintenant la situation est devenue encore plus difficile du fait de la pression exercée sur les ressources naturelles qui tend à être excessive. Les agriculteurs étant dans une logique de survie cultivent dans beaucoup de cas avec des technologies et méthodes pas toujours appropriées, résultat de l’incapacité institutionnelle de faire face à une véritable réforme agraire intégrale qui appuierait le secteur paysan dans tous ces aspects (légal, économique, social, culturel et environnemental). Mais le plus préoccupant, c’est que l’on ne voit pas de sortie à cette crise. Les instruments et politiques utilisés dans la région à cette date ont peu ou pas résolu ce problème. Il y a un clair et transparent manque de volonté politique d’affronter cette situation de crise.
Dans le passé, les pays d’Amérique centrale s’étaient habitués à faire face à des crises agricoles transitoires : chute conjoncturelle des prix et désastres climatiques entre autres. Pour affronter ceci, les gouvernements utilisaient des mesures compensatoires et assistancialistes de court terme. La différence aujourd’hui c’est que la crise n’est pas conjoncturelle ni transitoire mais évidemment structurelle et à long terme.
Répondre aux besoins à court terme est correct et nécessaire et à long terme nous sommes tous dans l’incertitude. Le problème est de seulement rester ici et de mettre de côté les améliorations à long terme qui doivent se réaliser de concert. Ne pas le faire signifierait laisser dans la pauvreté et l’indigence une importante proportion de la population centroaméricaine. La crise de l’agriculture est un problème complexe aux origines diverses.
La solution à la situation de crise que vit l’agriculture passe par le fait que les pays de la région approuvent et adoptent des modèles économiques différents au modèle actuel agro-exportateur que demande le néolibéralisme qui ces dernières années a été l’objet de nombreuses critiques à cause de sa voracité, l’approfondissement de la pauvreté et la forte concentration du capital.
Le dernier rapport sur le développement humain qu’à publié le Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD) estime que c’est en Amérique Centrale que ce trouve le pays le plus consumériste du monde (rapport PNUD 2010 El Salvador) avec des niveaux de pauvreté exorbitants ce qui confirme nos déclarations pour un changement immédiat de modèle économique et ce qui légitime la demande des organisations paysannes de la région de créer un modèle basé sur la Souveraineté Alimentaire comme étant l’unique et la plus viable option.
Février 2011
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